infos-dieppoises.fr
09/02/10
Uralchem : des explications qui font froid dans le dos
Les écolos russes torpillent le projet
Maxim Shingarkin et Roman Yushkov, deux militants écologistes venus de Russie se sont déplacés à Dieppe pour dénoncer les manœuvres et le comportement d’Uralchem en Russie. Un discours qui apporte de l’eau au moulin des Dieppois qui ne veulent pas voir cette usine d’engrais prendre ses quartiers près du port de commerce.

Les militants russes disent être venus à Dieppe à l’invitation du groupe
Europe Ecologie et réfutent les propos des dirigeants d’Uralchem
qui y voient des manœuvres politiques faites depuis Moscou.
Nous sommes là pour vous dire tout ce que vous devez savoir sur Uralchem et comment se comporte son dirigeant en Russie ». A l’invitation du groupe Europe Écologie de Haute-Normandie, deux hommes, militants écologistes, sont tout spécialement venus de Russie, jeudi dernier, et ils n’ont pas manqué d’arguments pour accentuer les craintes de ceux qui ne veulent pas voir s’installer une usine d’engrais russe Uralchem en plein cœur de ville, entre le port de commerce et l’Avenue Normandie Sussex.
En fin de matinée, les écologistes normands et russes ont fait le tour du propriétaire sur le fameux terrain aujourd’hui occupé par une communauté des gens du voyage. Dans notre précédente édition, un membre de la direction russe d’Uralchem affirmait qu’en ce moment des élections régionales ont lieu en Russie et que les deux activistes Maxim Shingarkin et Roman Yushkov étaient envoyés à Dieppe et payés tout spécialement par les opposants politiques russes d’Uralchem pour venir faire une mauvaise promotion de l’entreprise et ainsi voir les élus favorables à Uralchem être les grands perdants au pays. « C’est absurde ! disent-ils. Nous sommes tout simplement invités par les écologistes français ».
La journée s’est poursuivie par une réunion – qui normalement ne devait être qu’une conférence de presse – où les anti-Uralchem, qu’ils soient de la société civile ou du Parti socialiste, sont venus en masse. La présence très remarquée des caméras de TF1 n’est probablement pas étrangère à cette concentration de personnes. Les deux hommes débutent leur exposé en mettant en cause l’honnêteté du grand patron d’Uralchem qu’ils accusent de s‘octroyer sept fois plus de dividendes que les fonds propres de l‘entreprise.
« Les salariés travaillent dans des conditions déplorables »Maxim et Roman sont ensuite passés à la situation économique et sociale de l’entreprise Uralchem. « L’entreprise est endettée à hauteur d’un milliard de dollars. Elle ne peut même pas investir pour moderniser ses usines russes. On se demande bien où Uralchem trouve l’argent pour s’installer en France ? ». Selon les deux écologistes russes, les salariés travaillent dans des conditions déplorables : « Ils doivent séparer des cristaux qui se forment sur des granulés sans protection, ils doivent aussi nettoyer les parois des citernes avec des marteaux pour décoller les cristaux. Beaucoup d’entre eux ont perdu leur poste de travail en raison d’un manque d’activité. Mais les licenciements coûtent chers en Russie alors la direction d’Uralchem demande aux salariés d’envoyer une lettre de démission ».
Sur le plan écologique, Maxim Shingarkin raconte qu’Uralchem est particulièrement pollueur en raison de son manque d’investissement et serait responsable de la forte pollution de la deuxième rivière de Russie. Il évoque aussi les nuisances provoquées par les dégagements de fumées et de poussières dans les airs.
La Grande-Bretagne aurait refusé UralchemUralchem veut donc installer une unité de transformation et de conditionnement d’engrais sur le port de Dieppe. Les deux militants écologistes racontent ce qui a pu motiver les Russes à vouloir, à tout prix, s’installer chez nous. « Uralchem est entrée dans une association d’agriculture en Angleterre. Elle veut amener ses engrais là-bas mais les autorités britanniques refusent qu’une telle entreprise s’installe en Grande-Bretagne. Ils ont alors choisi Dieppe en raison de son emplacement géographique par rapport à l’Angleterre ». Les deux hommes racontent que les composants de l’engrais sont particulièrement dangereux voire explosifs avec des nitrates, des sulfates, de l’ammoniaque. Et ils poursuivent en disant que les produits qu’Uralchem exportera vers l’Europe seront de très mauvaise qualité. « Ce sont les cristaux qui restent collés dans les parois de leurs cuves en Russie qui seront acheminés à Dieppe. Ces granulés ne peuvent pas être vendus en Europe parce qu’ils ne sont pas conformes. En les acheminant vers son usine de Dieppe, Uralchem pourra rendre cet engrais liquide et cacher la non-conformité pour le vendre à n’importe quel pays d’Europe ». Et d’insister sur le processus de transformation : « L’engrais sera chauffé à 60 °C puis la température montera à 110 °C. Ça provoquera des émanations de vapeurs polluantes et des diffusions de poussières dans l’air et dans la mer. Ça favorisera le développement des algues vertes ».
Aux côtés d’une traductrice, les deux écolos russes concluent : « Uralchem vous raconte n’importe quoi pour venir s’installer ici. On vous invite à venir en Russie pour voir comment Uralchem se comporte là-bas ».
Aurélien Bénard
Les « pro » et les « anti » usine d’engrais russe manifestent devant la mairie
Uralchem : quand la ville se divise
Plusieurs dizaines de manifestants se sont retrouvés jeudi soir sur le parvis de l’hôtel de ville galvanisés autour d’un projet : l’usine d’engrais russe Uralchem. Sauf qu’il y avait face à face les « pro » et les « anti ». Au final une ambiance plutôt surréaliste où de vieux démons ont fait leur retour.

Pour un peu ils auraient entonné « tous ensemble, tous ensemble »
Verts, UMP, PS et MoDem étaient main dans la main sur le parvis
de l’hôtel de ville pour manifester leur désaccord à l’implantation
de l’usine d’engrais russe. Jean Bazin remarque toutefois qu’il aurait aimé
la même unité lors de la vente du terrain en août 2008.
L’heure de ralliement avait été fixée à 17 h 30. Et, à 17 h 30 précises ils étaient là brandissant pancartes, panneaux, affichettes ; arborant autocollants, agitant fanions et drapeaux…
En ce début de soirée juste avant la tombée de la nuit, ils se sont donc retrouvés. Face à face. Les « pro » et les « anti ». Au milieu de tout ça un dossier économique local bouillant : l’implantation d’une usine de conditionnement d’engrais russe Uralchem, qui a pris des proportions invraisemblables. Au point d’en diviser la majorité municipale, mais aussi l’opinion dieppoise, et de créer une situation difficilement gérable où l’on se bat à grands coups de déclarations spectaculaires.
Plusieurs dizaines de manifestants se sont retrouvés sur le pavé dieppois. A gauche les anti et à droite les pro sachant que la droite se trouve à gauche et que la gauche radicale a pris place à droite. De quoi y perdre son latin. Un « no man’s land » se crée l’espace de quelques minutes entre les deux groupes s’invectivant. Mais cet espace vide ne le reste pas bien longtemps.
« Pas de provocation gratuite »Une militante écologiste, drapeau au vent, s’en va affronter des pro Uralchem sur leur terrain et tente de les convaincre. En quelques instants les noms d’oiseaux volent, le débat se passionne et il faut l’intervention du président du Cercle Mers et Marine(s), Guy Roulland, pour calmer le jeu : « On ne rentrera pas dans la provocation facile ! »
Pourtant, derrière lui, on ne se prive pas pour balancer ce qu’on a sur le cœur : « Merde aux écolos à la petite semaine. On est plus écolos que vous. Avant il y avait des arbres le long des routes, maintenant que de la ferraille ». Les Verts y vont de leurs engrais « qui vont tout détruire, qui provoquent des cancers, qui instaurent une agriculture dégueulasse tout ça pour une petite poignée d’emplois » mais ils ne sont guères entendus.
Un préchauffage en quelque sorte avant que tout le monde ne gagne la salle du conseil.Enfin, pas tout le monde puisque nombre d’opposants restent bloqués dans l’escalier la salle étant rempli de pro. Une anti tente bien de parlementer avec le maire pour que davantage de monde puisse entrer, en vain. Un cordon de pro bien serré empêche toute intrusion intempestive. L’avocat dieppois et chef de file de l’UMP à Dieppe, Thierry Dulière, tentera bien une percée et jouera même la mêlée ouverte mais il ne parviendra pas à franchir la ligne rouge.
« Cocos, fachos, socialos, écolos… »Jean Bazin interpelle le maire en ironisant sur le slogan de la majorité « la ville appartient à tous ses habitants » ce qui provoque alors une bronca immédiate.
Alors, on s’invective de plus belle : « Sales cocos bolchéviques » faisant écho à « sales fachos » et « sales socialos » plus costaud que « écolos rigolos » entendu auparavant.
Et les pro de constater que, dans la salle « on voit tout de suite où se trouvent les vrais Dieppois ! Ils peuvent dire ce qu’ils veulent, les autres, ils n’habitent pas à Dieppe » tandis qu’un militant juge que l’UMP pratique « le coup d’Etat permanent ».
On se demande comment tout cela va bien finir mais au fil des points à l’ordre du jour et l’heure tournant, la salle se vide, le calme revient.
Pourtant, cet épisode va assurément laisser des traces dans la vie municipale car, au-delà de ce dossier, voilà bien deux visions de l’avenir dieppois qui s’affrontent et qui ne sont franchement pas prêtes de s’entendre.
Laurent Rebours
« Pas intimidés »
Suite aux propos des directeurs d’Uralchem (voir Infos du 5 février), l’association Uralchem ? Non merci ! a souhaité répondre : « A croire que les propos des deux écologistes russes les inquiètent ! En tout cas ils en prennent pour leur grade ! (…) Tiens donc ? Cette société aurait en Russie des opposants qui les poursuivraient jusque sur le territoire français. Quant aux petits Français Verts et association citoyenne confondus, ils en prennent aussi pour leur grade (…) : On a compris, on n’a qu’à bien se tenir ! (…) Dérapage verbal pour ce président russe d’Uralchem qui manie si bien notre langue mais qui ignore que nous vivons dans un pays démocratique où la liberté de parole existe. Ces injures calomnieuses ne nous intimident pas du tout, elles ne nuisent qu’à ceux qui les utilisent ».
Rémi Caron, préfet de la région Haute-Normandie, préfet de la Seine-Maritime, a voulu réagir, dans un communiqué, au projet d’implantation de la société Uralchem: « La société Uralchem envisage l’implantation d’une usine de stockage d’engrais liquide sur la zone portuaire de Dieppe.
Elle s’est rapprochée du service des installations classées de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL), pour présenter les caractéristiques des produits fabriqués ou entreposés. A ce jour, aucun dossier n’est déposé.
Ce n’est que lorsque l’entreprise déposera un dossier complet présentant la composition définitive des produits fabriqués ou entreposés que ce dossier sera instruit, permettant de déterminer la réglementation applicable : simple déclaration ou demande d’autorisation. »
Les échos de la réunion du conseil municipal de Dieppe
Agitation autour d’une motion
Le début de la réunion du conseil municipal de jeudi dernier s’est déroulé dans des conditions particulières. Le public était remonté à bloc entre les anti et les pro Uralchem. Les élus ont toutefois pu travailler ensuite sereinement avec comme d’habitude un jeu de joutes verbales.
• Affichage sauvage : Tavernier lance un pavé dans la mare : Avant même que le premier point de l’ordre du jour ne soit abordé, alors que la salle est en surchauffe, le socialiste Eric Tavernier demande la parole pour déposer une motion d’urgence. Dans le public, ça vocifère, ça siffle. Chacun pense qu’il s’agit d’une motion en lien avec le projet d’Uralchem. Il n’en est rien mais Sébastien Jumel demande une suspension de séance. En fait, Eric Tavernier veut faire cesser l’affichage sauvage surtout en cette période électorale. Des images sont d’ailleurs fournies avec le texte de la motion où l’on voit des affiches de campagne de Sébastien Jumel, candidat Front de gauche aux élections régionales, des affiches d’annonces pour les fêtes de l’Huma ou encore du Mouvement des jeunes communistes placardées un peu partout dans la ville, sur du mobilier urbain, sur des murs… « J’ai proposé cette motion depuis septembre 2009 lors des conseils de bureau municipal mais ça n’aboutit pas ». Dix minutes plus tard, Sébastien Jumel répond que « l’ensemble des présidents de groupes se sont mis d’accord pour clarifier la manière dont sont examinées les motions ». Celle-ci pourra être présentée ultérieurement.
• Motion urgente : Le conseil municipal a ensuite délibéré pour fixer les modalités de dépôt, d’examen et de vote des motions. « Une motion doit porter sur l’intérêt des habitants et être présentée par le président de groupe, indique Hugues Falaize, premier adjoint. Cette motion doit être déposée dix jours francs avant le conseil municipal. Elle sera présentée et fera l’objet d’un débat au conseil municipal ». En ce qui concerne les motions d’urgence telle celle proposée par Eric Tavernier, « passé ce délai de dix jours, un groupe peut déposer une motion au maire avant la réunion du conseil et le maire met au vote le caractère ou non d’urgence et ensuite un débat s’instaure ».
Du côté de l’opposition, Jean Bazin renouvelle son interrogation sur la rédaction de ce texte qui doit figurer dans le règlement intérieur du conseil municipal « En aucun cas, les motions ne peuvent être destinées au maire ou au conseil municipal. La rédaction est adaptée pour éviter qu’on vous demande un référendum sur Uralchem par exemple ». Le maire rétorque : « Il y a un bon sens de ne pas s’adresser à soi-même. Sinon on tourne en rond. Vous savez, ici, que j’attache beaucoup d’importance au débat, à condition qu’il soit respectueux ». Fermez le ban !
• L’amendement de la discorde : Le plan d’occupation des sols (POS) va être révisé et devenir un Plan local d’urbanisme (PLU). Le PLU permet d’avoir une vision à moyen et long terme du futur visage de la ville. Le groupe d’opposition Dieppe-Ensemble veut déposer un amendement sur un paragraphe où la vigilance doit être accrue « pour les activités qui pourraient être polluantes, à risque, ou porter atteinte à l’environnement ». André Gautier demande à ce que cet amendement soit mis aux voix. « Quitte à s’allier avec le diable, dit le Vert Jacques Boudier, on est favorable à tout ce qui peut faire barrière aux activités polluantes ». Sébastien Jumel estime sans valeur cet amendement qui, « de toute façon, est prévu dans la loi ». Un avis qui est partagé par Eric Tavernier. Le communiste Christian Cuvilliez enfonce le clou : « Cet amendement est chargé de mauvaises intentions. Ce type d’amendement doit être refusé car c’est un épiphénomène ». En présentant cet amendement, le groupe d’opposition tendait une perche aux socialistes pour réaffirmer son opposition au projet d’implantation Uralchem. Thierry Levasseur, chef de file socialiste, réplique : « On a bien compris votre petit jeu, s’adresse-t-il à ses adversaires de droite. Vous vous amusez, nous, nous travaillons. Votre petit jeu, c’est de faire en sorte de faire passer la pagaille au sein de la majorité ». André Gautier demande une suspension de séance. Elle est acceptée. Finalement, les voix de Dieppe-Ensemble et des Verts n’ont pas suffi à faire adopter cet amendement.
• 2x2 voies entre Dieppe et Saint-Martin en Campagne : Sébastien Jumel a exposé le projet de mise à 2x2 voies le RD 925 entre Dieppe et Saint-Martin-en-Campagne. Une nécessité selon une majorité d’élus pour faciliter le transport de colis lourds entre le port de Dieppe et le chantier du futur réacteur EPR à la centrale nucléaire de Penly. Le Vert Jacques Boudier précise d’emblée qu’il votera contre ce projet. « Notre groupe est contre tout élargissement de voies, dit-il. Des engagements ont été pris pour réduire le trafic routier au travers du Grenelle de l’Environnement et dans notre projet municipal ». 12 000 véhicules circulent en moyenne au quotidien, sur cet axe selon les informations fournies. « Ça veut dire qu’entre 8 heures et 20 heures, ça représente 1 000 véhicules par heure soit 16 véhicules par minutes, ou encore 8 véhicules par minutes dans chaque sens. Mettre en place une quasi-autoroute, ça fait beaucoup ». Et de poursuivre son argumentaire : « Il y aura des impacts sur l’environnement car cet élargissement demandera beaucoup de travaux, produira beaucoup de carbone et ça représente un coût financier important ». Jacques Boudier préconise plutôt une piste cyclable pour apporter davantage de sécurité pour les déplacements dits doux. Sébastien Jumel a semble-t-il bien compris la logique de son allié.